12 April 2016

Fabienne Corre : Permettre aux jeunes handicapés de poursuivre des études supérieures

Vaste chantier - quinze ans qu'elle y travaille : rendre l’enseignement supérieur plus accessible aux étudiants handicapés. Maître de Conférences en biologie, après un parcours dans la recherche et l’enseignement, Fabienne Corre est aujourd’hui chargée de mission Handicap au Ministère en charge de l'Enseignement supérieur. Ses moteurs : la passion de l’enseignement, et l'envie de donner leur chance à ceux pour qui étudier peut être un véritable challenge. Une femme qui donne envie de la mettre à l'honneur, pas seulement par le vêtement.

 
Fabienne ,Corre Menguy en manteau Sur Un Banc

Sur Un Banc:
 Vous êtes passionnée par l'enseignement. D'où vient votre intérêt pour les étudiants handicapés ?

F. Corre :  J’ai toujours adoré enseigner. La biologie moléculaire est ma spécialité de formation. Mais lorsque j’ai été chargée d’assurer quelques heures de cours auprès d’étudiants handicapés, cela a été une révélation. J’ai été bluffée par le courage et la volonté de ces jeunes. Ils se mettaient des challenges impressionnants. A côté du rapport que j'ai pu avoir avec d'autres étudiants, cela a été une vraie leçon de vie.

J’ai découvert que je pouvais les aider considérablement en adaptant ma façon d’enseigner pour être plus accessible. J’ai appris par exemple à passer par d’autres canaux sensoriels que la vue ou l’ouïe, pour ceux dont les difficultés étaient liées à des troubles de ces sens. En fait, il existe le plus souvent des gestes et techniques simples pour adapter un cours. Parfois, il faut se creuser la tête. Cela a donné un sens nouveau et très valorisant à mon métier, un fort sentiment d’être utile. Le défi de ces jeunes est devenu le mien.



Sur Un Banc: Il y a encore dix ans, peu d’élèves handicapés avaient accès aux études supérieures. Qu’en est-il aujourd’hui ?


F. Corre : 
Beaucoup de progrès ont été faits grâce à la loi handicap de 2005. Avant, beaucoup de bacheliers ne poursuivaient pas d’études par peur de ne pas trouver d’accompagnement adapté dans l’enseignement supérieur. Depuis, ils ont été chaque année 15% de plus à se lancer. Aujourd’hui, ils sont plus de 20 000 étudiants, trois fois plus qu’en 2005, en université. Toutes les universités ont un service handicap. Des aides humaines, techniques, des aménagements d’études leur sont proposés.

Fabienne Corre Menguy, MENESR Accueil handicapés, en Sur un Banc


L'objectif de rendre globalement la société inclusive pour les personnes handicapées est ambitieux et nécessaire. Mais outre cela, l’enjeu économique n’est pas négligeable : des personnes qui, sans ces aides, resteraient toute leur vie dépendantes d’une prestation, parce qu’elles n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leur projet de formation et de leur projet professionnel, parviennent aujourd’hui à acquérir les compétences nécessaires pour exercer un métier, devenir autonomes financièrement et progresser dans leur parcours professionnel, comme les autres.

C’est bien l’esprit de la loi de 2005 : il ne s’agit pas seulement de réparer et de compenser le handicap, mais de rendre toute la société plus inclusive.



Sur Un Banc: Quel a été votre rôle au niveau du Ministère en charge de l'Enseignement supérieur pour atteindre ces résultats ?

F. Corre :  J’ai rejoint la mission Handicap au Ministère en 2013 comme chargée de mission. Je poursuis le travail de mes prédécesseurs auprès des établissements d’enseignement : d’abord pour sensibiliser et motiver, faire connaître la mission Handicap et le soutien qu’elle apporte, puis pour mutualiser, transmettre des savoir-faire et des bonnes pratiques, et coordonner les efforts. En parallèle, le lien a été fait avec les jeunes handicapés et leurs familles ainsi que les associations. 


Sur Un Banc: Le handicap touche de plus en plus de jeunes. Comment les intégrer au mieux ? Quelles sont les perspectives pour l’avenir ?

F. Corre :  Il y a de sérieux défis à relever. D’une part, effectivement, celui du nombre : ces jeunes sont de plus en plus nombreux à parvenir dans l’enseignement supérieur. Certains troubles sont plus fréquemment rencontrés qu’avant, certains sont plus complexes à accompagner : il y a par exemple plus d’étudiants en situation de troubles du langage et de la parole (22% des étudiants handicapés à l’université) ou de troubles psychiques (13%). La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances et la participation citoyenne des personnes handicapées reconnait ces difficultés comme relevant du handicap et permet de les accompagner dans ce cadre.


Fabienne Corre Menguy Sur Un Banc Etudes supérieures handicapés

D’autre part, le challenge s’est déplacé : tous ces enfants accueillis dans le primaire, puis le secondaire, puis dans l’enseignement supérieur, arrivent sur le marché du travail et la question de l’insertion professionnelle se pose. L’environnement professionnel est aménagé différemment de celui des études. Cependant, l’obligation légale pour chaque employeur, public ou privé, d’intégrer 6% de travailleurs handicapés favorise l’emploi. Par ailleurs, les nouvelles technologies ouvrent des espoirs de solutions pour compenser ou contourner le handicap, tout comme le transfert des pratiques développées dans l’enseignement supérieur, notamment.

Certains métiers restent difficilement accessibles selon les difficultés de la personne. Mais les recherches et l’expérience innovante développée dans les pratiques changent la donne si vite qu’il y a parfois de vrais dilemmes : a-t-on le droit de limiter un jeune dans son projet de vie qui aujourd’hui semble difficile ? Et si demain il devenait possible?

Tout doit être fait pour continuer à progresser et aussi à sensibiliser toujours plus pour ouvrir les choix des jeunes et ouvrir davantage la société à leur pleine participation. Un grand challenge est aussi de poursuivre en parallèle les efforts de mise en accessibilité dans tous les domaines : bâti, services, numérique, modalités d’enseignement, de travail… A plus long terme, la compensation individuelle doit devenir moins nécessaire car l’environnement sera plus accessible.


Sur Un Banc:
Au cours de votre carrière, vous êtes passée de l’univers du laboratoire de recherche scientifique à l’université, puis au Ministère. Des milieux aux codes vestimentaires assez différents. Comment vous êtes-vous adaptée ?


Fabienne Corre Menguy en robe et manteau Sur Un Banc


F. Corre :  
Je n’ai pas renoncé à être moi-même, quitte à m’écarter parfois des codes. Pour un chercheur, la blouse est de mise. Or j’adore l’élégance, m’habiller a toujours été un plaisir. Cela m’a parfois valu une remarque de collègue - comme si l'élégance et le travail n'étaient pas compatibles – mais tant pis, j’assume !

Au Ministère, je me sens plus libre de m’habiller selon mes goûts : un style féminin élégant, une sobriété de bon goût, sont bienvenus. Pour une réunion officielle, ma tenue préférée est une robe droite, de coupe classique, mais avec une touche originale dans les matières qui la rehausse juste ce qu’il faut… trouvée chez Sur Un Banc. Je m’y sens particulièrement à l’aise, je suis moi. Mes filles l’adorent et sont impatientes de grandir pour la porter ! Il est clair que la tenue donne confiance en soi.

-------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour en savoir plus : 

Les dispositifs d’accompagnement des étudiants handicapés et les enquêtes nationales de recensement des étudiants handicapés:  www.handi-u.fr

Le point sur les handicaps, www.filsantejeunes.fr, 30.10.2009

La politique du handicap - Chronologie, www.vie-publique.fr, 28.05.2015

Faire des études supérieures avec un handicap, cidj.com

Guide de l'accompagnement de l'étudiant handicapé à l'université, Conférence des Présidents d'Universités, 23.11.2012

Moyens de paiement Tous droits réservés Sur un Banc